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Ecrit par AnnaBeth, traduit par Olivier                                                                              Pour lire Sierra Nevada  Part 1  cliquez ici

 

À la recherche de la neige

 

Départ vers midi. Nous avons roulé pendant une heure sur des routes sinueuses qui suivent le bord de la montagne, grimpant de plus en plus haut et menant à Puerto de La Ragua (ou Col de La Ragua) où nous espérions trouver de la bonne neige poudreuse. Notre destination immédiate était le village de Laroles, le dernier avant-poste avant de pénétrer les profondeurs de la Sierra Nevada.

 

 

J'adore les cartes, mais on est bien content d'avoir un GPS pour voyager avec spontanéité sans trop de soucis de se perdre. Je dis "trop" car en Espagne, même la fabuleuse technologie GPS parfois se perd aussi. Nous traversons le village de Nechite; rues anciennes, tortueuses et montantes, à peine quelques centimètres plus large que notre Land Cruiser, et je m'accroche au siège, m’attendant à entendre le métal de la voiture frotter contre les murs irréguliers des maisons en pierre construites directement au bord de la route. Nous ne sommes pas convaincus d'être sur la bonne route mais faute de panneaux directionnels et de n'avoir personne en vue à qui demander, nous continuons. Olivier lâche un grognement involontaire alors que les ruelles montantes se rétrécissent encore davantage et les possibilités de faire demi-tour semblent compromises. J'ai du mal à envisager la marche arrière si la route ne nous permet plus d'avancer.

Puis d’un coup, les murs du village ont disparu. Nous sommes devant un grand champ lumineux. Plus de route. A côté, une ferme. Nous sommes libres. Mais bel et bien sur une piste !

Voilà qu'arrive sortant de la ferme un pick-up blanc muni du logo de la Junta de Andalucía (conseil régional). Quelle chance de rencontrer des fonctionnaires locaux lorsque l’on a besoin d’eux ! Les deux hommes semblent quelque peu amusés par ces étrangers perdus, mais en suivant leurs instructions, nous reprenons les ruelles de Nechite et gagnons la route de Laroles !

Superbes montagnes d’hiver marrons et des villages blancs. Plus de virages et de montées. Toujours pas de neige, mais nous ne sommes pas encore arrivés.

Voici l’un des villages blancs sur la route de Laroles.

 

 

Nous voici enfin à Laroles. Le village est perché sur une pente abrupte avec vue sur les vallées de champs d'amandiers. Laroles parait plus moderne que les autres villages, style touristique du genre agréable et décontracté. L'été est la période active dans la Sierra Nevada (sauf à la station de ski) et nous sommes ici hors saison. Il y a une ambiance légère et sympa et j'aimerais revenir pour y passer un jour ou deux.

Après Laroles, nous bifurquons vers le nord sur l'A 337. C'est la même route qui était fermée hier en direction du sud, en raison de la neige. C'est ouvert ! Une neige légère commence à tomber et la route continue de monter. Nous entrons au cœur des montagnes, fini de suivre le bord de la montagne. Nous sommes sur la route du Col de La Ragua !

Une tache de neige apparaît au bord de la route. Puis une autre sur la colline couverte de sapins. Ah, alors il y a peut-être de la neige après tout ! Depuis la fermeture de la route hier soir (Sierra Nevada Part 1), nous n'avons vu qu'un paysage sec d'hiver. J'avais commencé à avoir des doutes.

 

 

Les tâches de neige deviennent plus fréquentes et mes espoirs augmentent, mais y en aura-t-il assez pour faire de la raquette? Plus de tâches, de plus grandes tâches, un peu de neige sur les arbres, encore plus de neige sur les arbres, la route continue de monter, de louvoyer. On sent la froideur qui arrive, les chûtes de neige s'intensifient. Les tâches enneigés deviennent de larges superficies et le paysage brun cède son terrain. Bientôt le blanc remplace le brun. Le sol est couvert de neige. Que de la neige. Partout de la neige. Rien que de la neige. Neige épaisse sur les branches de sapin. Devant nous, la bande ondulante de route grise, les sapins imprégnés de neige, le ciel gris blanc et rien d'autre que la neige. Ah, le plaisir d'une neige abondante !

 

Neige au sol, neige qui tombe.

 

Nous roulons encore un peu, dans une ambiance de paix. Une paix intérieure. Paix intérieure blanche.

 

Une pente s’ouvre sur la gauche entre les sapins. A droite, un chalet et un parking. La Ragua centre de loisirs. C'est fermé. Personne, sauf nous. Et la neige.

 

Voilà un paysage d'hiver sublime.

 

Les sapins vierges sont habillés de leurs manteaux d'hiver. Sous le ciel gris la neige tombe toujours alors que nous arrivons sur le parking désert. Nous sommes seuls au col de La Ragua à part un chasse-neige qui se positionne lentement pour attendre en silence la fin de l'après-midi. Plus tard il commencera à dégager la route jusqu’en bas de la montagne, en préparation de l'ouverture du week-end de cette mini station de ski et de luge. Pour l'instant, nous avons la place pour nous et c'est divin.

Il est temps d’enfiler des vêtements adéquats et de charger nos collations. Nous ouvrons les portes de la voiture. Sous la couverture de nuages enneigés, l'air est plus frais qu’il n'y parait.

Nous sortons nos raquettes de neige. Les miennes sont encore dans leur nouvel emballage. J’ôte l'étiquette et je jette joyeusement les raquettes en plastique dur de couleur bordeaux sur le sol en poudre. Ensuite, je m’évertue à tenter de comprendre comment ça se règle. Olivier fait de même avec les siennes. Mes doigts se raidissent dans leurs mitaines. Je dois mettre des gants. Cela ne facilite pas le travail des attaches. Olivier lui, semble confortable dans ses raquettes. Il s'accroupit pour attacher les miennes alors que j’apprête mes bâtons. Je me sens comme un petit enfant à qui on attache ses lacets. Je suis reconnaissante de ne pas avoir à comprendre des choses adulte compliquées, telles que les attaches de raquettes neuves. Je suis prête à prendre mon bain de neige.

Enfin nous essayons notre équipement et ouvrons un sentier à travers la prairie vierge et blanche. Le silence est total, sauf le bruitage de pas sous nos grandes "raquetas" plastiques dans la poudreuse. Nous approchons de la forêt et décidons de grimper en lisière sous ses arbres afin d'être plus protégés contre la chute de neige et de tester les qualités d’accroche des griffes métalliques de notre nouvel équipement.

Photo prise pendant la montée en raquettes. La station de loisirs de La Ragua est tout au fond.

 

En lisière de forêt.

 

 

La neige est fraiche et profonde. C’est un bon exercice physique.

 

 

 

 

En entrant dans la forêt. Un lieu où les fées s’amusent.

 

 

Ouverture sur une clairière

 

 

 

 

Lorsque la lumière blanche commence à s'estomper, nous amorçons notre descente.

 

De retour à Trevélez, nous nous rendons par hasard à la Mesón Pizzería El Goterón où Olivier est au paradis des pizzas (style espagnol avec beaucoup de jamón serrano local) et je découvre une spécialité locale de champignons, d'aubergines et de haricots verts. (Plus tard à la maison, j'essaierais de concocter quelque chose de similaire, mais cela ne ressemblera en rien au délicieux original.)

 

De retour au lodge.

 

 

Pilar a allumé le feu afin que notre appartement soit accueillant. Nous tombons de sommeil, délicieusement épuisés de notre journée.

 

 

Le lendemain matin, nous visitons le centre touristique de Trevélez et nous en apprenons plus sur la consommation du porc.

Ceci dit, nous sommes habitués à ce que le porc soit une base alimentaire ici en Andalousie. Partout où nous allons, on nous propose des spécialités de porc. C'est juste qu'à Trevélez, la culture du jambon a été élevée à quelque chose d'une forme artistique locale.

Jamón Serrano signifie « jambon de la sierra », mais aujourd'hui il est également produit dans d'autres parties d'Espagne en utilisant le Contrôle Climatique Intérieur pour imiter les changements saisonniers des régions montagneuses. À Trevélez, les changements de saisons naturels fournissent les bonnes températures pour rendre mâture le jambon. Le processus dure de 12 à 18 mois.

 

 

Nous parcourons un magasin bien approvisionné d'articles traditionnels tels que des tapis de laine, des plats peints à la main, des confitures locales et des chocolats, et beaucoup de pots en verre de pâtés, de terrines et autres produits alimentaires fabriqués à partir du porc.

 

 

Je pose au propriétaire de la boutique une question culturellement délicate qui me fascine: "ce domaine est imprégné de l'histoire islamique des Maures mais manger du cochon est un fondement de l'alimentation et du mode de vie local. Comment cela se peut-il ?" Jusqu'à présent, personne ne m'a offert une réponse satisfaisante. Comment le vendeur va-t-il me répondre ? Sera-t-il offensé ? Il offre la réponse standard et prévisible : "Tous les Moriscos sont partis. C'est chrétien ici maintenant ". L'homme semble réfléchi, alors je continue : "Je sais que c'est ce que tout le monde dit, mais dans ces montagnes, aucun des Maures n'est-il resté caché ? Cet endroit était si loin de tout à l’époque. je ne peux pas croire que chaque personne, chaque famille, soit morte ou partie. Cela ne semble pas possible." Alors, l'homme répond que c'est vrai, il y a bien sûr eu des relations mixtes qui ont donné des descendants métissés. Donc oui, les descendants de Morisco mangent probablement les cochons de la culture de leur conquérant.

J’achète au vendeur une copie de Tales of the Alhambra (Contes de l'Alhambra) par Washington Irving, un Américain qui habitait Grenade il y a deux siècles. Il pense qu'il est temps pour moi de commencer à explorer les histoires mythiques de cette partie de l'Andalousie, l'Alpujarra. Il a raison, il est temps.

 

 

J’adore cette dame.

 

 

Nous marchons le long du Rio de Trevélez provenant des sources de montagne et de la fonte des neiges.

 

 

Puis nous traversons des terres agricoles jusqu'à une piste qui mène au sommet le plus élevé, le Mulhacén. Nous pourrions y faire de la randonnée une autre fois.

 

 

J'adore ces grosses bêtes. Comme vous le voyez, ce ne sont pas des vaches Normandes. Nous avons fait une petite recherche et maintenant que nous sommes des experts en vache, notre meilleure estimation est que celle-ci soit un mélange : la Pajuna est une race andalouse rare, la Sayaguesa est une race espagnole menacée, et les Lidia sont les bovins taurins espagnols.

 

 

Nous rentrons à notre appartement dans la vallée pour une soirée confortable en face du feu de cheminée.

 

 

Ainsi s'achève notre première aventure fructueuse dans la Sierra Nevada.